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Editorial :Collioure, Banyuls, deux AOC en devenir
Le long de la route entre Collioure et Cerbère, vous avez de nombreux aperçus sur les coteaux de
vignes abrupts, orientés vers la mer. Ceux qui ne craignent pas de faire 300m. en marche arrière
le long d'un précipice pourront tourner à gauche à Banyuls, et revenir à Collioure
par la D86, la route des crêtes, où il est souvent impossible de se croiser.
Les coteaux sont striés de murets de schiste, délimitant des terrasses où sont plantés
les ceps, et organisant un système de rigoles nommées les agouilles, structurées en peu de
gall (pied de coq). Ce système d'évacuation aurait été conçu par les Templiers
au XII° siècle.

coteaux de Collioure (photo Vincent)
Partout subsistent des cabanes de pierre, qui permettaient aux ouvriers de séjourner sur place durant les
travaux de la vigne, ou de relevage des murets. La main d'œuvre était alors suffisante.
Au XIX° siècle, la mode des vins mutés se développe, ainsi que des apéritifs à base
de vins, exportés dans le monde entier par de grandes maisons de négoce. L'appellation Banyuls est
créée en 1935, et l'appellation Collioure en 1971 (pour les rouges), les récents décrets
de 2009 ayant révisé leurs cahiers des charges. Les cépages principaux sont les grenaches
en trois couleurs, en ajoutant le mourvèdre et la syrah pour les vins rouges.
Aujourd'hui de nombreux coteaux sont abandonnés, et beaucoup de vignerons ont remplacé le travail
manuel du sol, devenu trop coûteux, par l'aspersion de traitements par hélicoptère. Cette pratique
est remise en cause par l'Union Européenne, ainsi que par les écolos à barbe fleurie et/ou
lunettes vertes ; et les organismes professionnels réfléchissent à une alternative, qui
n'est effectivement pas si simple : surcoût financier, risque d'érosion sur les parcelles pentues
si un travail du sol est suivi d'une forte pluie, et impossibilité de faire passer du matériel entre
les rangs de vieilles vignes.
Collioure a sans doute manqué une étape "marketing", celle qui a permis par exemple aux
vins de Côte Rôtie, eux aussi produits dans des conditions très difficiles, de redémarrer
dans des conditions économiquement viables. Et l'image du Banyuls est restée trop connotée à celle
des apéritifs du Roussillon.
Certains vignerons s'engagent dans la voie d'un renouveau, comme au Domaine du Traginer, ou au Domaine Coume del
Mas : labours du sol au cheval, au mulet, à la chenillette, au treuil… faibles rendements à la
clé. Certains vins blancs secs sont très intéressants, et les rouges cherchent plus la finesse
que l'opulence et la rondeur (lourdeur?) des grenaches.
Mais d'autres vignerons reconvertissent leurs vignes en oliviers, culture elle aussi traditionnelle dans la région,
où les ouvriers louaient leurs bras alternativement à la vigne, à l'olive et… à la
pêche en mer selon les saisons.
Collioure, Banuyls : deux appellations qui doivent choisir leur voie, dans un contexte économique difficile.
Vincent